On me demande souvent comment se caractérise un incongruisme.
Je dirais que l'incongruisme est à l'imaginaire ce que l'aphorisme est à la littérature.
Par ex : AGONIE
—On me demande souvent comment se caractérise un incongruisme.
Je dirais que l'incongruisme est à l'imaginaire ce que l'aphorisme est à la littérature.
Par ex : AGONIE
—À propos du recueil de Jean-Jacques Régnier, consacré à ses réflexions sur la science-fiction, Mireille MEYER a accepté de nous éclairer sur ses conceptions et sa motivation :
Jean-Jacques Régnier s’est consacré à la science-fiction tout en cultivant une culture littéraire au sens large. Savez-vous à quand remonte cette passion ? Et comment, contrairement à tant d’autres, il a choisi cette voie de la science-fiction ?
Dans sa jeunesse, il a dévoré Jules Verne comme beaucoup d’entre nous et il disait aussi se souvenir du choc qu’avait été pour lui la lecture de La Guerre des mondes quand il avait 12 ans. Je crois qu’Asimov a beaucoup compté dans sa découverte d’une Science-Fiction plus élaborée, voire complexe. Il n’a pas spécialement choisi la voie de la Science-Fiction. C’était un lecteur compulsif. Il lisait de tout sauf de la fantasy. Mais c’est vrai qu’il a choisi d’écrire de la Science-Fiction. Il lisait aussi beaucoup de livres scientifiques, ce qui lui a probablement inspiré son article : Pas de science dans la Science-Fiction.
Avait-il des auteurs phares, un panthéon d'auteurs, tant étrangers que français ?
Pour la littérature, c’était, et de loin, Marcel Proust dont il relisait l’œuvre souvent ainsi que des études et des essais le concernant. Il doit y avoir plusieurs mètres d’ouvrages de Marcel Proust (plusieurs éditions) et d’ouvrages sur Proust dans la bibliothèque.
Pour la Science-Fiction, c’était Ursula K. le Guin et Ph. K Dick et Banks. À une époque, il a beaucoup lu Philip José Farmer. John le Carré et son regard si particulier sur le monde de l’espionnage était aussi un de ses auteurs préférés. La sortie d’un nouveau Le Carré était toujours attendue avec impatience. Mais il n’a pas eu, hélas, la possibilité de lire le dernier.
Jean-Jacques Régnier a poursuivi sa vie durant une activité d’auteur et, en parallèle, une série de réflexions théoriques sur la science-fiction, en tant que genre. C’est assez peu courant, est-ce que vous pouvez nous en dire un mot ?
C’est difficile. C’est plutôt un trait de caractère qui le poussait à théoriser, à comprendre. En littérature, c’était probablement une façon de ne pas être seulement un lecteur compulsif, mais d’avoir une certaine maîtrise sur ce qu’il lisait. D’où, par exemple, la lecture de nombreux ouvrages sur Proust dont la seule lecture ne lui suffisait pas. Pour la Science-Fiction, il a aimé écrire les quelques réflexions et analyses qu’elle lui inspirait. L’uchronie tout particulièrement était pour lui sujet de réflexion.
L’importance du bulletin auquel il consacrait beaucoup de soin et de temps, mais surtout l’importance du groupe Remparts. Il avait trouvé là des personnes devenues des amis, qui lui convenaient ; à la fois extrêmement drôles, plein d’humour, fins connaisseurs de la Science-Fiction, mais sérieux quand c’était nécessaire. Il me semble qu’on peut leur appliquer la phrase de Pierre Desproges : on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui !
5°) Le premier article du recueil : L’Histoire, un cas particulier de la science-fiction a fait l’objet d’une présentation dans un colloque. Y avez-vous participé ? Et si oui, quel souvenir cela peut-il, éventuellement, évoquer ?
J’y étais effectivement, mais c’est loin. C’était sur le thème l’Histoire dans la science-fiction/la Science-Fiction dans l’Histoire. Cela avait été remarquablement organisé par Ugo. Je me rappelle vaguement qu’à partir des Relations Science-Fiction/Histoire, on en était arrivé logiquement au cours des débats à la relation entre la science-fiction et le Politique.
Dans les rapports Histoire/Science-Fiction qui passionnaient plus particulièrement Jean-Jacques, c’était les multiples possibilités que permettait l’uchronie.
Jean-Jacques Régnier s’est adonné à un passe-temps quasiment paradoxal quand on s’adonne à des textes longs, bâtis sur une réflexion rigoureuse : des aphorismes, qu’il nomme Incongruismes et qui relèvent souvent eux, d’un humour potache, ou d’un jeu sur les contradictions… Savez-vous comment il a élaboré ce concept original ?
Je ne crois pas que cela ait été une élaboration vraiment réfléchie. Jean-Jacques était quelqu’un de logique et il se délectait quand, dans un texte, une phrase ou n’importe quelle situation, il repérait la faille, les contradictions et les paradoxes. Je me rappelle de son fou rire quand au cours des commentaires d’un match de rugby, le commentateur avait encouragé les joueurs à tout donner tout en leur conseillant peu après de ne rien lâcher. Cela le ravissait. Et quand il les repérait ou qu’il les inventait, il les écrivait pour s’en souvenir.
7°) Peut-on supposer que l’activité de Jean-Jacques suivait librement le fil de l’inspiration et qu’il ne savait pas à l’avance s’il allait travailler une nouvelle, un article ou peaufiner un incongruisme ?
Là, je ne peux pas répondre. C’est lui, l’écrivain. Il partait sur une idée, une intuition et elles n’aboutissaient pas obligatoirement à un texte. Comme il était très soucieux de la qualité de l’écriture, je sais qu’il corrigeait et recorrigeait ses textes. Et que parfois il me demandait mon avis.
Quel rapport entretenait-il, éventuellement, avec les genres littéraires apparentés : aventures, policier, fantastique, fantasy… ?
À part la fantasy et très peu de fantastique, si l’histoire et le style de l’auteur lui plaisaient, il lisait de tout.
Tout d'abord, la théorie, à laquelle il ajouta article après article des vues tout à fait originales et singulières, au point que l'un d'eux fut l'objet d'une conférence à l'université de Nice (Alpes-Côte d'Azur)
Ensuite, une catégorie particulière d'aphorismes, donnant le goût toujours renouvelé de Jean-Jacques pour le rire et le sourire : les Incongruismes qu'il développa, mêlant définitions foutraques et affirmations absurdes et/ou contradictoires, car, si beaucoup sont juste là pour le sourire, d'autres pointent les contradictions des uns et des autres.
ISBN : 978-2-494684-25-6 EAN : 9782494684256 (prix : 16,00 €)
L'ouvrage peut être commandé soit directement dans notre boutique, soit en passant par l'intermédiaire de votre libraire préféré.
OPÉRATION SPÉCIAL LANCEMENT : la direction, connaissant la pauvreté proverbiale de la grande famille des lecteurs, attire votre attention sur la version numérique du livre (EAN : 9782494684263) qui vous est proposée à un tarif inimitable de :
TARIF DE LANCEMENT : 2,99 € (VERSION NUMÉRIQUE)
Un zest d'incongru, Une touche de réflexion, Un trait d'humour
... à lire sans modération
E pluribus unum
Il est piquant, connaissant la définition du monothéisme, d’apprendre qu’il y en a trois différents.
Continuons avec la chronique de
Voyages en uchronie & ailleurs
écrite par Pascal J. Thomas dans la revue :
Si vous êtes tant soit peu au fait du milieu de la SF francophone, il est presque certain que vous connaissez le nom de Jean-Jacques Régnier, décédé fin 2022 ; plus encore, si vous êtes lecteur de KWS — hypothèse assez plausible si vous avez ces lignes sous les yeux — vous êtes obligé de le connaître, puisqu’il signa une demi-douzaine de chroniques dans nos colonnes (et, un jour, une lettre de lecteur courroucée). On tiendra pour excusable que vous soyez moins au courant de son œuvre littéraire, ou du moins, je cherche à trouver des excuses pour ma propre ignorance en la matière : la quinzaine de nouvelles qui composent ce recueil sont parues entre 1994 et 2022, pas avec une fréquence frénétique donc, dans des supports respectables, mais souvent semi-professionnels (Solaris, Galaxies, Géante Rouge, Yellow Submarine, Le Nouvelliste), et en tout état de cause des supports auxquels je ne prête pas assez attention (comme le Fiction des Moutons Électriques). Son œuvre était donc largement passée sous mes radars, même si je garde un souvenir aussi vif qu’agréable de la représentation à la convention de Valbonne, en 2021, de la pièce Nul n’est censé ignorer le chat, qu’il avait écrite avec Jean-Jacques Girardot.
C’est dire si l’initiative éditoriale de Bernard Henninger, aidé par Mireille Meyer, Jean-Jacques Girardot, André-Francois Ruaud, et d’autres, est bienvenue.
Rassemblées, les nouvelles de Régnier donnent une idée, nécessairement imparfaite, de sa culture (immense) et de son humour (engagé). Elles frappent aussi par la richesse de leur style.
Commençons le voyage par ailleurs. Tout n’est pas nouvelle dans ce recueil, on trouve bien entendu une brève biographie de l’auteur, des pré- et postfaces, mais aussi une biographie, parfaitement non-fictive, de Reno, peintre d’origine polonaise active en France surtout entre les deux deux guerres mondiales. Je Hais les rédacteurs est aussi un article, inédit, parodique, et chronologiquement retors : se présentant comme une chronique de livre de la grande époque du Fiction des années 1970, il étrille pour ses fautes de logique extrapolative un imaginaire roman qui présente les années 2000 telles que nous les connaissons désormais. L’argument est, en fin de compte, familier — la science-fiction envisage toujours un futur qui ne sera jamais — et le texte s’essouffle. Mais c’est plaisant, tout comme l’est Dis, Grand-Mère ! qui, sous forme de dialogue entre une I.A. et son petit-fils obligé par son professeur d’écrire un texte de science-fiction, analyse les failles de pensée du paragraphe de départ qui lui est imposé.
Plus inclassable, et plus fanique, le reportage imaginaire sur la convention de Bergerac la situe en 2021 (elle était prévue cette date et a été reportée en 2022). C’est doublement poignant, parce que Joseph Altairac, qui venait de décéder en septembre 2020 lors de la rédaction du texte, y est mis en scène vivant ; et que Jean-Jacques Régnier lui-même était, lors de la vraie convention de Bergerac en août 2022 déjà dans le coma suite à son AVC. Voilà pour Régnier commentateur du genre. Mais si on lit son recueil, ce sera pour ses textes de fiction, et il n’en manque pas.
Une première série de trois nouvelles (Ernest et les cas métaphysiques, Charge utile et Retraite à Saint-Amédée relèvent du space opera humoristique, et mettent en scène (plus ou moins explicitement) Raymond, commerçant de l’espace et contrebandier sur les bords. On jurerait parfois lire du Kevin Ramsey, mais cela se hausse souvent au niveau du maître de ce dernier, Robert Sheckley, avec quelques clins d’œil bien sentis aux méfaits des milliardaires.
On trouvera aussi une poignée de pirouettes (Le Sujet, BUG !, Le Facteur), qui témoignent plutôt de la capacité de l’auteur à se glisser dans des formes en vogue. Immortels est plus amusant, même s’il est trop facile de se moquer des académiciens de tout poil.
Mais le temps, en long, à rebours et en travers, reste le sujet dominant du recueil. Là encore, Régnier ne répugne pas à l’hommage ; Force de vente est un hommage à The Very Slow Time Machine de Ian Watson, et conclut pareillement à l’inanité de l’appareil. Nul n’est censé ignorer le chat est par contre un brillant exercice de cette logique absurde qui préside aux paradoxes temporels, épicé d’une pincée de raillerie des procédés juridiques des compagnies privées. C’est une pièce ; il faut la voir jouée, mais j’avoue que lire le texte a posteriori m’a aidé à mieux la comprendre, car les répliques fusent vite. Le plus beau voyage temporel que nous ait composé Régnier restera cependant ce Menuetto da capo al fine où le narrateur et voyageur du temps séjourne à Vienne, rencontre Mozart, et sera bien entendu surpris par un changement dans le cours de l’Histoire qu’il a sans doute involontairement déclenché. Régnier montre l’étendue de sa culture musicale, et introduit un retournement du schéma classique que je vous laisse découvrir.
D’uchronies à proprement parler, reste peu (mais les voyages dans le temps altèrent déjà la continuité historique). Der des Ders est classique par son sujet, le XXe siècle court, d’une guerre mondiale à l’autre, avec l’élasticité des événements en dépit des contraintes de l’aléa. Mais c’est superbement traité. Quant à Où sont passés nos futurs ?,
cela se présente comme une série de fragments sur un écrivain imaginaire dont la théorie principale est l’absence de sens ou de logique de l’histoire, éparpillée en de constantes bifurcations. La forme suit le fond, avec ses variations permanentes sur le nom, les œuvres ou la bio de l’auteur. C’est de l’uchronie en action, et on peut attraper un torticolis mental si on essaie de suivre tous les virages.
Bref, on se prend à regretter que Jean-Jacques Régnier ait autant fait pour notre communauté, comme secrétaire du groupe Remparts, comme organisateur d’une excellente convention (Aubenas en 2013), comme anthologiste, comme membre de la rédaction de Fictions… et qu’il ait aussi peu écrit. Mais aucun regret ne sera pardonnable si vous ne lisez pas au moins ce recueil.
Pascal J. Thomas
Profitez-en pour découvrir l'ironie et la nostalgie qui parsèment son œuvre.
Nombre de personnes me demandent où trouver le recueil de nouvelles de Jean-Jacques Régnier : Voyages en uchronie & ailleurs.
1°) Le plus simple consiste à le commander depuis la boutique des éditions Blogger de Loire. Il vous sera demandé 6 € de frais postaux par envoi.
2°) Si vous désirez économiser les frais d'envoi, préférez Rakuten dans la boutique de Lulu_45 (c'est-à-dire moi même)
3°) Le livre est référencé en plusieurs sites, vous pouvez passer par l'intermédiaire de votre libraire, mais comme nous n'avons pas de diffuseur, c'est un peu plus long, mais ça marche.
VERSION NUMÉRIQUE : le recueil existe en version numérique, et dans ce cas, je vous invite à suivre ce lien : voyages-en-uchronie chez Decitre.
-
Et si la science-fiction était drôle ? C’est ce que proposent ces deux nouvelles d’une actualité brûlante racontant les aventures d’Ernest, une I.A. embarquée sur un vaisseau effectuant la navette entre la Lune et Callisto. Cette I.A. nommée Ernest se révèle bavarde, mais aussi cachottière et facétieuse…
125 x 160 mm,
214 pages
978-2-494684-17-1
Deux presque novella forment ce recueil dédié au plaisir, au sourire et à l'humour.