mercredi 2 avril 2025

Jean-Jacques Régnier vu par son épouse, Mireille Meyer

À propos du recueil de Jean-Jacques Régnier, consacré à ses réflexions sur la science-fiction, Mireille MEYER a accepté de nous éclairer sur ses conceptions et sa motivation :


Jean-Jacques Régnier s’est consacré à la science-fiction tout en cultivant une culture littéraire au sens large. Savez-vous à quand remonte cette passion ? Et comment, contrairement à tant d’autres, il a choisi cette voie de la science-fiction ?

  Dans sa jeunesse, il a dévoré Jules Verne comme beaucoup d’entre nous et il disait aussi se souvenir du choc qu’avait été pour lui la lecture de La Guerre des mondes quand il avait 12 ans. Je crois qu’Asimov a beaucoup


compté dans sa découverte d’une Science-Fiction plus élaborée, voire complexe. Il n’a pas spécialement choisi la voie de la Science-Fiction. C’était un lecteur compulsif. Il lisait de tout sauf de la fantasy. Mais c’est vrai qu’il a choisi d’écrire de la Science-Fiction.

Il lisait aussi beaucoup de livres scientifiques, ce qui lui a probablement inspiré son article : Pas de science dans la Science-Fiction.


Avait-il des auteurs phares, un panthéon d'auteurs, tant étrangers que français ?

Pour la littérature, c’était, et de loin, Marcel Proust dont il relisait l’œuvre souvent ainsi que des études et des essais le concernant. Il doit y avoir plusieurs mètres d’ouvrages de Marcel Proust (plusieurs éditions) et d’ouvrages sur Proust dans la bibliothèque.

Pour la Science-Fiction, c’était Ursula K. le Guin et Ph. K Dick et Banks. À une époque, il a beaucoup lu Philip José Farmer. John le Carré et son regard si particulier sur le monde de l’espionnage était aussi un de ses auteurs préférés. La sortie d’un nouveau Le Carré était toujours attendue avec impatience. Mais il n’a pas eu, hélas, la possibilité de lire le dernier. 


Jean-Jacques Régnier a poursuivi sa vie durant une activité d’auteur et, en parallèle, une série de réflexions théoriques sur la science-fiction, en tant que genre. C’est assez peu courant, est-ce que vous pouvez nous en dire un mot ?

C’est difficile. C’est plutôt un trait de caractère qui le poussait à théoriser, à comprendre. En littérature, c’était probablement une façon de ne pas être seulement un lecteur compulsif, mais d’avoir une certaine maîtrise sur ce qu’il lisait. D’où, par exemple, la lecture de nombreux ouvrages sur Proust dont la seule lecture ne lui suffisait pas. Pour la Science-Fiction, il a aimé écrire les quelques réflexions et analyses qu’elle lui inspirait. L’uchronie tout particulièrement était pour lui sujet de réflexion. 


La plupart des écrits de Jean-Jacques sont parus dans le bulletin Remparts, dont il fut le rédacteur-en-chef. Pouvez-nous situer l’importance de ce bulletin pour lui ?

L’importance du bulletin auquel il consacrait beaucoup de soin et de temps, mais surtout l’importance du groupe Remparts. Il avait trouvé là des personnes devenues des amis, qui lui convenaient ; à la fois extrêmement drôles, plein d’humour, fins connaisseurs de la Science-Fiction, mais sérieux quand c’était nécessaire. Il me semble qu’on peut leur appliquer la phrase de Pierre Desproges : on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui !




5°) Le premier article du recueil : L’Histoire, un cas particulier de la science-fiction a fait l’objet d’une présentation dans un colloque. Y avez-vous participé ? Et si oui, quel souvenir cela peut-il, éventuellement, évoquer ?

J’y étais effectivement, mais c’est loin. C’était sur le thème l’Histoire dans la science-fiction/la Science-Fiction dans l’Histoire. Cela avait été remarquablement organisé par Ugo. Je me rappelle vaguement qu’à partir des Relations Science-Fiction/Histoire, on en était arrivé logiquement au cours des débats à la relation entre la science-fiction et le Politique.

Dans les rapports Histoire/Science-Fiction qui passionnaient plus particulièrement Jean-Jacques, c’était les multiples possibilités que permettait l’uchronie.


Jean-Jacques Régnier s’est adonné à un passe-temps quasiment paradoxal quand on s’adonne à des textes longs, bâtis sur une réflexion rigoureuse : des aphorismes, qu’il nomme Incongruismes et qui relèvent souvent eux, d’un humour potache, ou d’un jeu sur les contradictions… Savez-vous comment il a élaboré ce concept original ?

Je ne crois pas que cela ait été une élaboration vraiment réfléchie. Jean-Jacques était quelqu’un de logique et il se délectait quand, dans un texte, une phrase ou n’importe quelle situation, il repérait la faille, les contradictions et les paradoxes. Je me rappelle de son fou rire quand au cours des commentaires d’un match de rugby, le commentateur avait encouragé les joueurs à tout donner tout en leur conseillant peu après de ne rien lâcher. Cela le ravissait. Et quand il les repérait ou qu’il les inventait, il les écrivait pour s’en souvenir.


7°) Peut-on supposer que l’activité de Jean-Jacques suivait librement le fil de l’inspiration et qu’il ne savait pas à l’avance s’il allait travailler une nouvelle, un article ou peaufiner un incongruisme ?

Là, je ne peux pas répondre. C’est lui, l’écrivain. Il partait sur une idée, une intuition et elles n’aboutissaient pas obligatoirement à un texte. Comme il était très soucieux de la qualité de l’écriture, je sais qu’il corrigeait et recorrigeait ses textes. Et que parfois il me demandait mon avis.


Quel rapport entretenait-il, éventuellement, avec les genres littéraires apparentés : aventures, policier, fantastique, fantasy… ?

À part la fantasy et très peu de fantastique, si l’histoire et le style de l’auteur lui plaisaient, il lisait de tout.

jeudi 20 mars 2025

Salon littéraire à Ormes (dimanche 23 mars)

 

Dimanche, si le cœur vous en dit, tournez vos pas vers Ormes (banlieue orléanaise), nombreux auteurs et éditeurs en dédicace.

Si vous êtes attentif, tous les genres sont représentés : fictions, bien sûr, poésie, études historiques, photographes, peintres... Mieux qu'une librairie, et avec la possibilité de débattre avec les auteurs.

Salle François Rabelais, de 10h00 à 18h00

samedi 15 mars 2025

Salon de Lorris (samedi 15 et dimanche 16 mars)

 

Ce samedi à 14h00, ouverture du salon du livre de Lorris, une journée et demie, cet après-midi et demain, à laquelle participent les éditions Blogger de Loire, et où vous pourrez découvrir nos nouveautés et nos meilleurs succès...








. Les poches pleines les poches vides (François Manson)
. Les Plumes d'Olympia (Philippe Goaz)
. Trou d'air (Alain Blondelon)
. Un zest d'incongru, une touche de réflexion, un trait d'humour (JJ Régnier)
... et d'autres, bien  sûr


mercredi 5 mars 2025

Un zest d'incongru, une touche de réflexion, un trait d'humour (Jean-Jacques Régnier) (parution)

 

Parution ce jour du troisième opus de Jean-Jacques RÉGNIER qui réunit deux catégories de textes auxquels l'auteur consacra beaucoup de temps et d'amour.

Tout d'abord, la théorie, à laquelle il ajouta article après article des vues tout à fait originales et singulières, au point que l'un d'eux fut l'objet d'une conférence à l'université de Nice (Alpes-Côte d'Azur)

Ensuite, une catégorie particulière d'aphorismes, donnant le goût toujours renouvelé de Jean-Jacques pour le rire et le sourire : les Incongruismes qu'il développa, mêlant définitions foutraques et affirmations absurdes et/ou contradictoires, car, si beaucoup sont juste là pour le sourire, d'autres pointent les contradictions des uns et des autres.

ISBN : 978-2-494684-25-6        EAN : 9782494684256  (prix : 16,00 €)

L'ouvrage peut être commandé soit directement dans notre boutique, soit en passant par l'intermédiaire de votre libraire préféré.

OPÉRATION SPÉCIAL LANCEMENT : la direction, connaissant la pauvreté proverbiale de la grande famille des lecteurs, attire votre attention sur la version numérique du livre (EAN : 9782494684263) qui vous est proposée à un tarif inimitable de :

TARIF DE LANCEMENT : 2,99 € (VERSION NUMÉRIQUE)


jeudi 13 février 2025

Un zest d'incongru

 Un zest d'incongru, Une touche de réflexion, Un trait d'humour

                                                                     ... à lire sans modération

– © Vael –
Le recueil des textes théoriques écrits par Jean-Jacques RÉGNIER est en préparation, il sera suivi d'un travail singulier qu'il mena pendant presque vingt ans : les INCONGRUISMES, dont voici en avant-première, un exemple : 

E pluribus unum

Il est piquant, connaissant la définition du monothéisme, d’apprendre qu’il y en a trois différents.



samedi 8 février 2025

Aurodives, 2nd salon de Dordives

 
– salle polyvalente de Dordives –

Dimanche 9 février se tient à Dordives le second salon du livre, Aurodives, de nombreux auteurs et éditeurs seront présents : littérature, poésie, histoires et littératures imaginaires, Bandes dessinées, peinture... une manifestation culturelle pour lutter contre le froid et l'humidité.

Une sympathique sortie du dimanche, il y aura un bar avec des boissons et des douceurs ! Et de quoi lire pour les longues soirées d'hiver.

lundi 13 janvier 2025

Chronique du Boléro du dragon

Le boléro du dragon est un recueil de neuf nouvelles qui se déroulent dans le genre imaginaire rigolo mais l'auteur, à aucun moment ne fait dans la surenchère. C'est intelligent, bien pensé, fichtrement bien écrit, le bon mot placé au bon moment, parsemés de clins à L'Histoire, à la culture. Les récits nous font sourire, rire et parfois touchent profondément. Je pense, notamment, à Centenaires, hommage aux poilus, à ces jeunes hommes qui ont sacrifié leurs vies et n'ont pu vivre leurs rêves où je suis passée par toutes sortes d'émotions. A Dragonopostale, service postal d'Aquilonia qui subit quelques désagréments où je me suis bien bidonnée. A La grande boucle où les prisonniers peuvent bénéficier de remises de peines en échange de quelques heures de pédalage.

Une très chouette lecture qui confirme tout le bien que je pensais de cet auteur.

Chronique de Boléro du dragon publiée par SChany dans Babelio


jeudi 2 janvier 2025

En ouverture de l'année 2025 : Trou d'air, d'Alain Blondelon

 
– © Stayly Dompierre

Les éditions Blogger de Loire ouvrent l'année avec un nouvel ouvrage dans la collection Petit Format :
Trou d 'air
d'Alain Blondelon

Recueil de quatre nouvelles relevant de la science-fiction, du cape et d'épée, de la fantasy préhistorique et de la science-fiction fantastique pour celle qui donne son titre au recueil : Trou d'air.

Quatrième de couverture :
Des nouvelles et des univers : préhistoire, space-opéra, fantasy et suspense, chacun y puisera sa part d'imagination et d'émotion. Les aventuriers ont pour nom Thalak, Barthélemy, Hermann et Timothée.
Acteurs privilégiés de leur histoire, alors que rien ne les prédestine à une telle péripétie, ils s'engagent sans faillir sur un chemin risqué : les épreuves jalonnent leur parcours, ils ont le coeur pour les surmonter, mais le pouvoir ?

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter sa fiche : Trou d'air
ou télécharger la fiche de presse (fiche de presse de Trou d'air)

Et bien sûr, il est possible de le commander en ligne sur notre :
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mardi 31 décembre 2024

Les poches pleines, les poches vides (par Jean-Pierre Andrevon)

 Jean-Pierre Andrevon dirige les chroniques de l'Ecran fantastique et nous livre une très intéressante chronique de la novella de François Manson : Les poches pleines, les poches vides.

– La lettre de l'écran fantastique –

Banlieue de Mexico. Inès Gonzalès, 37 ans, parait être une vieille femme, épuisée qu’elle est par les dizaines de tumeurs cancéreuses que le docteur Izamari lui implante régulièrement, à la recherche d’un sérum d’immunisation et de régénération. Elle accepte, pour gagner les quelques pesos que lui vole son ivrogne de mari. Mais d’autres crapules surveillent ces expériences qui, si elles portaient leur fruit, pourraient rapporter gros. Un jour Inès est enlevée, mais elle parvient à s’échapper, et doit alors se cacher. Pour constater que ses douleurs s’estompent, qu’elle rajeunit, jusqu’à retrouver ses vingt ans, avec des pouvoirs décuplés. Mais ceux qui ont cherché à la capturer pour en faire leur cobaye n’ont pas leur dernier mot… Sur un sujet très classique, Les poches pleines, les poches vides, novella de François Manson, qui s’ouvre sur un naturalisme sans fioriture pour s’évader vers le Noir et la SF (discrète) est une jolie réussite en mineur. 


Occasion de jeter un œil sur la jeune maison d’édition qui l’accueille, Blogger de Loire, sise à Orléans, et que dirige Bernard Henninger, lui-même auteur et qui, nul n’étant mieux servi que par soi-même, s’y édite. Ainsi de son dernier ouvrage, Électrons libres, gros Planet Opera situé dans le système Tayangshi, ou l’auteur nous présente une civilisation de lézards très précisément décrite avec un vocabulaire inspiré du chinois, qui mérite même un abondant glossaire. À suivre...

Jean-Pierre Andrevon



Voyages en uchronie & ailleurs (par Pascal J. Thomas)

Continuons avec la chronique de 

Voyages en uchronie & ailleurs

écrite par Pascal J. Thomas dans la revue : 

Si vous êtes tant soit peu au fait du milieu de la SF francophone, il est presque certain que vous connaissez le nom de Jean-Jacques Régnier, décédé fin 2022 ; plus encore, si vous êtes lecteur de KWS — hypothèse assez plausible si vous avez ces lignes sous les yeux — vous êtes obligé de le connaître, puisqu’il signa une demi-douzaine de chroniques dans nos colonnes (et, un jour, une lettre de lecteur courroucée). On tiendra pour excusable que vous soyez moins au courant de son œuvre littéraire, ou du moins, je cherche à trouver des excuses pour ma propre ignorance en la matière : la quinzaine de nouvelles qui composent ce recueil sont parues entre 1994 et 2022, pas avec une fréquence frénétique donc, dans des supports respectables, mais souvent semi-professionnels (Solaris, Galaxies, Géante Rouge, Yellow Submarine, Le Nouvelliste), et en tout état de cause des supports auxquels je ne prête pas assez attention (comme le Fiction des Moutons Électriques). Son œuvre était donc largement passée sous mes radars, même si je garde un souvenir aussi vif qu’agréable de la représentation à la convention de Valbonne, en 2021, de la pièce Nul n’est censé ignorer le chat, qu’il avait écrite avec Jean-Jacques Girardot.

C’est dire si l’initiative éditoriale de Bernard Henninger, aidé par Mireille Meyer, Jean-Jacques Girardot, André-Francois Ruaud, et d’autres, est bienvenue.

Rassemblées, les nouvelles de Régnier donnent une idée, nécessairement imparfaite, de sa culture (immense) et de son humour (engagé). Elles frappent aussi par la richesse de leur style.

Commençons le voyage par ailleurs. Tout n’est pas nouvelle dans ce recueil, on trouve bien entendu une brève biographie de l’auteur, des pré- et postfaces, mais aussi une biographie, parfaitement non-fictive, de Reno, peintre d’origine polonaise active en France surtout entre les deux deux guerres mondiales. Je Hais les rédacteurs est aussi un article, inédit, parodique, et chronologiquement retors : se présentant comme une chronique de livre de la grande époque du Fiction des années 1970, il étrille pour ses fautes de logique extrapolative un imaginaire roman qui présente les années 2000 telles que nous les connaissons désormais. L’argument est, en fin de compte, familier — la science-fiction envisage toujours un futur qui ne sera jamais — et le texte s’essouffle. Mais c’est plaisant, tout comme l’est Dis, Grand-Mère ! qui, sous forme de dialogue entre une I.A. et son petit-fils obligé par son professeur d’écrire un texte de science-fiction, analyse les failles de pensée du paragraphe de départ qui lui est imposé.

Plus inclassable, et plus fanique, le reportage imaginaire sur la convention de Bergerac la situe en 2021 (elle était prévue cette date et a été reportée en 2022). C’est doublement poignant, parce que Joseph Altairac, qui venait de décéder en septembre 2020 lors de la rédaction du texte, y est mis en scène vivant ; et que Jean-Jacques Régnier lui-même était, lors de la vraie convention de Bergerac en août 2022 déjà dans le coma suite à son AVC. Voilà pour Régnier commentateur du genre. Mais si on lit son recueil, ce sera pour ses textes de fiction, et il n’en manque pas.

Une première série de trois nouvelles (Ernest et les cas métaphysiques, Charge utile et Retraite à Saint-Amédée relèvent du space opera humoristique, et mettent en scène (plus ou moins explicitement) Raymond, commerçant de l’espace et contrebandier sur les bords. On jurerait parfois lire du Kevin Ramsey, mais cela se hausse souvent au niveau du maître de ce dernier, Robert Sheckley, avec quelques clins d’œil bien sentis aux méfaits des milliardaires.

On trouvera aussi une poignée de pirouettes (Le Sujet, BUG !, Le Facteur), qui témoignent plutôt de la capacité de l’auteur à se glisser dans des formes en vogue. Immortels est plus amusant, même s’il est trop facile de se moquer des académiciens de tout poil.

Mais le temps, en long, à rebours et en travers, reste le sujet dominant du recueil. Là encore, Régnier ne répugne pas à l’hommage ; Force de vente est un hommage à The Very Slow Time Machine de Ian Watson, et conclut pareillement à l’inanité de l’appareil. Nul n’est censé ignorer le chat est par contre un brillant exercice de cette logique absurde qui préside aux paradoxes temporels, épicé d’une pincée de raillerie des procédés juridiques des compagnies privées. C’est une pièce ; il faut la voir jouée, mais j’avoue que lire le texte a posteriori m’a aidé à mieux la comprendre, car les répliques fusent vite. Le plus beau voyage temporel que nous ait composé Régnier restera cependant ce Menuetto da capo al fine où le narrateur et voyageur du temps séjourne à Vienne, rencontre Mozart, et sera bien entendu surpris par un changement dans le cours de l’Histoire qu’il a sans doute involontairement déclenché. Régnier montre l’étendue de sa culture musicale, et introduit un retournement du schéma classique que je vous laisse découvrir.

D’uchronies à proprement parler, reste peu (mais les voyages dans le temps altèrent déjà la continuité historique). Der des Ders  est classique par son sujet, le XXe siècle court, d’une guerre mondiale à l’autre, avec l’élasticité des événements en dépit des contraintes de l’aléa. Mais c’est superbement traité. Quant à Où sont passés nos futurs ?,

cela se présente comme une série de fragments sur un écrivain imaginaire dont la théorie principale est l’absence de sens ou de logique de l’histoire, éparpillée en de constantes bifurcations. La forme suit le fond, avec ses variations permanentes sur le nom, les œuvres ou la bio de l’auteur. C’est de l’uchronie en action, et on peut attraper un torticolis mental si on essaie de suivre tous les virages.

Bref, on se prend à regretter que Jean-Jacques Régnier ait autant fait pour notre communauté, comme secrétaire du groupe Remparts, comme organisateur d’une excellente convention (Aubenas en 2013), comme anthologiste, comme membre de la rédaction de Fictions… et qu’il ait aussi peu écrit. Mais aucun regret ne sera pardonnable si vous ne lisez pas au moins ce recueil.


Pascal J. Thomas



mardi 24 décembre 2024

« Les poches pleines les poches vides » vue dans Bifrost n° 116


AU TITRE DES SURPRISES DE L'ANNÉE, REVENONS SUR L'EXCELLENTE CHRONIQUE ÉCRITE PAR JEAN-PIERRE LION DANS LE BIFROST N° 116


Voici le premier livre de François Manson, déjà auteur d’une vingtaine de nouvelles disséminées ici ou là dans des supports plus ou moins confidentiels : une novella, ce format imposé depuis peu par Le Bélial' et sa collection « Une heure-lumière ». Au Mexique, dans le proche avenir, les plus pauvres servent de réservoir pour l’industrie pharmaceutique — une sorte de prostitution médicale. Ainsi, Inès Gonzalez « élève » des cancers qu’on lui implante à des fins aussi mystérieuses que profitables aux ultra-riches. Alors qu’elle n’a pas encore quarante ans, elle est au bout du rouleau. D’ailleurs, le Dr Izamari, qui l’exploite, lui signifie que ce contrat qui prévoit que tout le matériel génétique produit restera la propriété de la société signataire, sera le tout dernier. Mais un tout dernier fort bien rémunéré. Aussi met-elle à gauche ce qu’elle peut afin d’éviter que Lucho, son mari qui la bat comme plâtre, n’aille tout boire. Après un rapt et une opération de boucherie à vif menée par un laboratoire concurrent, Inès est sauvée de justesse par son exploiteur, exclusivement soucieux de préserver son investissement.

Or suite au traitement dont elle a été la victime, des résidus de la tumeur qu’elle « élevait » sont restés en elle… Apprenant par l’infirmière qui la soigne qu’elle va être tuée et vivisectée, Inès doit fuir. Elle ne tardera pas à se découvrir transhumaine…

Un transhumanisme qui est la toile de fond du récit de François Manson, qui rejoint des textes tels que 2054 de Elliot Ackerman et l’amiral James Stavridis, Upgrade de Blake Crouch ou La Musique du sang de feu Greg Bear. Manson est bien plus court, et surtout beaucoup moins technique que ses confrères américains ; plus facile d’accès. La civilisation est un corpus de savoirs et de savoir-faire dont le dessein est d’optimiser le potentiel de survie de l’espèce humaine. En ce début de troisième millénaire, l’amélioration du potentiel humain est en voie d’intériorisation par des moyens biogénétiques, comme ici, ou numériques par cyborgisation. Des recherches qui nécessitent des investissements colossaux. Ceux qui les font, tel Elon Musk, entendent bien en voir le retour.

Il faut autant que possible minimiser les couts, ce qui, comme dans ce texte, peut conduire à des expédients pour le moins dégueulasses. Le progrès profite à tout le monde, mais à certains plus qu’à d’autres, et surtout plus vite. Le présent récit met en scène cet espoir que, si les ultra-riches investissent avant tout pour eux-mêmes, la complexité d’un monde chaotique finira par faire fuiter le progrès au profit de tous. Bien sûr, il y a un prix à payer…

François Manson donne un premier livre qui, outre qu’il offre matière à réflexion sur les vraies questions qu’il convient de se poser aujourd’hui, est d’une lecture aisée et agréable, où l’action est menée tambour battant et où de vastes ellipses shuntent tout le dispensable. À découvrir.

Jean-Pierre Lion